C’est le sous-titre de l’anthologie regroupant les parutions les plus marquantes du défunt* magazine 20ans, publiée par les éditions Rue Fromentin.
Sans essayer de faire pleurer dans les chaumières, j’ai une relation toute particulière avec ce magazine. Ayant été élevée dans un milieu à 100% féminin, et très peu supervisée dans mon enfance, j’ai vite trouvé dans les magazines de mes grandes soeurs l’éducation, la formation et la culture que je ne trouvais pas à la maison. Jeune & Jolie, Marie Claire, Elle, et surtout 20ans me sont tombés entre les mains alors que je débutais la primaire, et que je cherchais en vain de quoi nourrir mes yeux. Les Bibliothèque Verte me glissaient des doigts en une couple d’heures, déjà finis, déjà périmés. Il m’en fallait toujours plus à lire, et c’est ainsi que je me suis mise à fouiner chez mes aînées.
J’ai vite découvert une différence entre les différents magazines que je pouvais y trouver. Marie Claire et Elle ne m’attiraient pas, pas si je pouvais trouver autre chose. J’y lisais des histoires de mariages difficiles, d’excision, d’alcoolisme, dont certains termes m’échappaient – encore heureux. Jeune & Jolie, je le lisais avant tout pour le voyage. Pour savoir ce que ça pouvait faire d’être une jeune et jolie fille d’environ 17 ans, quand j’en avais moi-même une dizaine de moins. J’ai même jeté un oeil dans certains Entrevue, pour les entrevues, justement. Mais rien n’égalait l’attrait, la puissance d’un 20ans. Tout y était! La culture des années 90, des livres aux films en passant par les people. Je me souviens d’y avoir été marquée par la crudité du résumé de Kids, de Larry Clark, et du témoignage d’une fille qui s’était reconnue dans le livre d’Ann Scott, Superstars.
Et bien sûr, il y avait la mode. Moi qui ne me suis attardée sur aucun éditorial de magazine jusqu’à après ma majorité (ironique, hein?), je suivais avec attention ce qui était publié dans 20ans. Pourquoi? Avant tout parce que la mode était présentée sur des vraies gens, interviewés pour des micro-trottoirs dans les quartiers in de Paris, du Marais à Châtelet-Les-Halles. Une génération en Frye, Xuly Bët, Calvin Klein. Il y avait les sélections shopping à thème, par type de personnalité, qui m’attiraient par leur façade éditoriale et leur aspect interactif, et me faisaient faire face à mes envies de style. Et derrière tout ça, il y avait Emmanuelle Alt, l’actuelle rédactrice en chef du Vogue Paris, qui faisait ses armes en tant que responsable mode. C’est grâce/à cause d’elle, que lors d’un voyage en Angleterre, j’ai dépensé mon argent de poche pour aller m’acheter une paire de tongs noires chez Gap, parce que je voulais la porter avec du vernis noir et un look minimaliste… Tel que vu dans 20ans.
Oui, c’est à la lecture de 20ans que j’ai découvert, alors que j’étais encore toute jeune, que lorsque je serais grande, je voudrais écrire dans un magazine. Et puisque j’en étais si sûre, je me suis inscrite comme rédactrice au journal de mon école primaire. J’étais alors âgée de quoi, 6, 7 ans? Mais en lisant Je hais les jeunes filles, j’ai réalisé un autre aspect formateur du magazine. 20ans a appris à toute une génération de filles à avoir un certain recul par rapport aux valeurs de la société. En s’adressant à ses lectrices comme à des adultes, et non à une bande d’écervelées, l’équipe du magazine a réussi à les sensibiliser à des sujets de société comme la drogue, la dépression, le suicide ou la violence conjugale. À des questions comme l’amour, le couple, la sexualité. Derrière chaque test, chaque entrevue, il y avait un “véritable” sujet, avec des enjeux pertinents à l’époque comme à la tranche d’âge des lectrices. 20ans, ce n’était pas un magazine de midinettes, mais un véritable manuel des Castors Juniors du passage à l’âge adulte.
Je hais les jeunes filles s’adresse à tous ceux et celles qui s’intéressent à la presse féminine, qui s’intéressent à la culture, qui aiment les personnages et les oeuvres irrévérencieux, surprenants et anti-langue de bois. Si les années 90 vous manquent, si 20ans vous manque, si vous n’avez pas retrouvé dans les dernières versions du magazine le 20ans que vous aimiez et que vous ne comprenez pas pourquoi, si vous n’avez pas retrouvé dans les dernières versions du magazine le 20ans que vous aimiez et que vous savez pourquoi, si vous êtes à la recherche d’une figure féminine à admirer dans le milieu du magazine (Google: Isabelle Chazot), si Diastème, Eugène Mansfield, le Dr Perlmutter ou Valérie Robert vous manquent, si vous cherchez un livre à la fois intelligent et douloureusement drôle: commandez-le sans attendre.
*: Aux dernières nouvelles, il a été racheté, puis vendu, puis racheté, puis vendu / publié, puis arrêté, puis publié, puis arrêté… Quel que soit son statut actuel, je pense que toutes les lectrices de la période 1994-1999 adhèreront à la notion que LE magazine 20ans est définitivement disparu.
PS: C’est dommage de devoir le préciser, mais: ceci n’est PAS un billet sponsorisé!

